
Guinée : à qui profitera réellement la fin de l’exportation de l’or brut ?
La Guinée s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa politique de valorisation de ses ressources minières. Le président Mamadi Doumbouya a annoncé la fin prochaine de l’exportation de l’or brut au profit de sa transformation sur le territoire national, lors d’une rencontre stratégique tenue le 20 juin au palais Mohammed V avec les acteurs de la filière aurifère.
« L’exportation de l’or brut appartient désormais au passé », a déclaré le chef de l’État, affirmant sa volonté de rompre avec un modèle économique qui a longtemps consisté à exporter les matières premières sans création significative de valeur ajoutée locale.
Selon lui, la Guinée « ne se contentera plus d’être un simple fournisseur de matières premières destinées aux usines du reste du monde ». Désormais, l’or extrait du sous-sol guinéen devra être raffiné, certifié et valorisé dans le pays avant son exportation vers les marchés internationaux.
Cette nouvelle orientation s’appuie notamment sur la future entrée en service de la raffinerie Nimba Gold Refinery, implantée à Gbessia. Les autorités indiquent que l’infrastructure disposera d’une capacité de traitement de 2 000 kilogrammes d’or par jour, extensible à 4 000 kilogrammes en fonctionnement continu.
Le président a également prévenu que « l’exportation de l’or brut sera formellement et définitivement interdite » et que tout opérateur qui tenterait de contourner cette décision s’exposerait à de lourdes sanctions.
Un secteur stratégique pour l’économie
L’or constitue l’une des principales richesses minières du pays aux côtés de la bauxite, du fer et des diamants. Selon les données disponibles, la production aurifère guinéenne a atteint près de 74 tonnes en 2023, après avoir dépassé les 100 tonnes en 2021, un niveau record pour le pays. La Banque mondiale souligne par ailleurs que les exportations d’or de la Guinée ont progressé de 10 % en 2023, confirmant le poids croissant du métal jaune dans l’économie nationale.
Malgré ces performances, la question du partage des bénéfices issus de l’exploitation minière reste au cœur des débats. Dans un pays riche en ressources naturelles, une grande partie de la population continue de faire face à des difficultés d’accès aux infrastructures, à l’emploi et aux services sociaux de base.
Le véritable défi : transformer la richesse minière en développement
Si l’annonce présidentielle marque un tournant dans la stratégie minière du pays, plusieurs observateurs estiment que la réussite de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre effective. La transformation locale pourrait permettre de créer davantage d’emplois, d'accroître les recettes fiscales et de renforcer les compétences industrielles nationales.
Mais la question demeure : les nouvelles richesses générées par le raffinage de l’or profiteront-elles réellement aux populations ?
Pour le pouvoir, la réponse passe par le programme Simandou 2040, présenté comme la feuille de route devant permettre à la Guinée de transformer ses ressources naturelles en moteur de développement économique durable.
Guineediaspo
